Une expo de La Bila
Une histoire de la SF belge
00 — Introduction
Une expo présentée par La Bila

Une Histoire de la science-fiction belge

Une exposition en cinq chapitres
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Chapitre 00

Introduction

L’imaginaire de la science-fiction est ancien. On le fait souvent remonter au moins au XVIe siècle, avec l’écriture de L’Utopie de Thomas More. Cependant, les textes, alors rares et peu codifiés, ne se constituent en genre littéraire que durant les XIXe et XXe siècles dans le sillage de la révolution industrielle et du développement des littératures populaires. Trois facteurs principaux expliquent cette évolution : la diffusion d’une idéologie du progrès, la démocratisation de la lecture et le développement massif de l’édition à destination d’un public populaire (journaux, magazines, livres de poche). Cet ensemble de facteurs aboutit, dans les années 1920, à la médiatisation, sous la plume de l’éditeur américain Hugo Gernsback, de l’expression science fiction. Pour définir le genre, il s’appuie sur une riche tradition de récits spéculatifs.

Aujourd’hui, la science-fiction regroupe d’innombrables textes et de nombreux sous-genres (space opera, dystopie, uchronie…) dont la caractéristique commune la plus évidente serait de poser cette question : « Que se passerait-il si… ? » et de tenter d’y répondre rationnellement.

Il n’existe pas de véritable école belge de la science-fiction comparable à ce que l’on peut trouver dans le policier ou le fantastique. Mais s’il n’y a pas d’esthétique propre à la littérature belge francophone de science-fiction, il existe néanmoins de nombreux auteurs belges dans le genre. Certains ont parfois même joué un rôle majeur dans l’histoire de la science-fiction francophone.

Bon voyage par-delà les étoiles.

Chapitre 01

Le merveilleux-scientifique

un prestigieux ancêtre

Avant que le terme science-fiction se diffuse depuis les États-Unis, il existait déjà une riche tradition de récits spéculatifs. Parmi eux, un courant va s’imposer par sa popularité et faire émerger des auteurs encore aujourd’hui considérés comme des figures incontournables : c’est le merveilleux scientifique. Cette expression est forgée par l’auteur français Maurice Renard et rassemble une riche production entre la fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe. Il connaît un succès important, notamment dans la production grand public et chez les auteurs populaires. Parmi eux, se trouve un Belge : Rosny aîné. L’auteur de La guerre du feu est aujourd’hui considéré comme l’un des pères de la science-fiction et l’une des figures tutélaires du merveilleux scientifique.

Figure tutélaire

J. H. Rosny aîné

Dès le début de sa carrière, l’auteur éprouve un intérêt marqué pour la science et pense qu’un des rôles de la littérature est d’illustrer les mutations sociales qu’elle engendre. Rosny aîné consacre de nombreux récits à la question de l’avenir de l’humanité, notamment dans son rapport à l’altérité. Il est d’ailleurs le premier à mettre en scène des formes de vie intelligentes radicalement autres dont l’existence n’est pas justifiée par un prétexte d’ordre surnaturel. C’est le cas du court roman Les Xipéhuz, publié en 1887, où l’auteur imagine la difficile cohabitation, sur Terre, entre une humanité préhistorique et d’étranges entités non organiques. Ce récit est aujourd’hui considéré comme l’un des premiers récits de science-fiction.

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L’auteur ne s’arrête pas là et signe plusieurs dizaines de romans et nouvelles parmi lesquels on peut retenir Les navigateurs de l’infini (1925) ou encore La mort de la Terre (1910). Le premier, sorte de space opera avant l’heure, est considéré comme l’un de ses chefs-d’œuvre. Il y raconte la rencontre, sur la planète Mars, entre trois astronautes et une forme de vie intelligente et humanoïde menacée par une étrange espèce invasive qui la condamne progressivement à l’extinction. Avec La mort de la Terre, il signe un récit post-apocalyptique aux accents écologiques dépeignant la fin de l’humanité sur une Terre désertifiée par la surexploitation. D’une étonnante actualité !

Le digne descendant

Henri-Jacques Proumen

Le poète et romancier Henri-Jacques Proumen est une autre figure belge de ce merveilleux scientifique. Auteur certainement moins prestigieux et moins reconnu que son illustre aîné, Proumen est pourtant considéré par Maurice Renard comme le digne descendant de Rosny et ce dernier ne manque pas de louer son travail. Signalons notamment deux textes : Sur le chemin des dieux (1928) et Le Sceptre volé aux hommes (1930). Dans le premier, il met en scène un savant fou (l’un des motifs les plus courants du merveilleux scientifique) ayant mis au point une technique scientifique pour dominer les hommes. Dans le second, il imagine une forme de surhommes, les Hyperanthropes qui asservissent l’humanité et l’utilisent comme du bétail.

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Prix Jules Verne 1929

Albert Bailly

Les premiers récits d’anticipation d’Albert Bailly se rattachent également au merveilleux scientifique. C’est le cas de Les Vieux de la Terre (1928) et de L’Ether-Alpha (1930). Le premier met lui aussi en scène un savant fou ayant créé une machine projetant des ondes mortelles dans le but de dominer le monde. L’originalité du roman se situe dans le contexte géopolitique choisi par l’auteur qui décide de mettre en scène une planète Terre divisée en trois blocs civilisationnels : les Asiatiques, les Européens et les Américains. Dans L’Ether-Alpha, l’auteur imagine un voyage sur la Lune grâce à un vaisseau construit à partir d’éther. Là-bas, vit une race extraterrestre, les Sélénites, qui décide de bombarder de manière préventive la Terre afin de supprimer tout risque d’invasion pour les humains. Ceux-ci mettent alors au point une puissante invention, le rayonnement Omega, qui protège la Terre des rayons cosmiques et sauve l’humanité. Le roman est un parfait exemple de merveilleux scientifique et connaît un beau succès puisqu’il est récompensé par le prestigieux prix Jules Verne en 1929.

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Chapitre 02

Dans le sillage des États-Unis

revues et collections spécialisées

Après la Seconde Guerre mondiale, l’Europe connaît un déferlement de produits culturels tous droits venus des États-Unis. Là-bas, la science-fiction connaît son âge d’or. Depuis les premières revues spécialisées dans les années 1920, la SF connaît une production massive et un succès sans précédent que l’Europe ne découvre qu’à partir des années 1950. Cette science-fiction américaine est publiée grâce à la création de revues et de collections dédiées au genre. C’est notamment le cas des revues Fiction et Galaxie, toutes deux lancées en 1953. Ces revues sont largement alimentées par des traductions de nouvelles d’auteurs américains mais elles vont rapidement ouvrir leurs portes aux auteurs francophones. Plusieurs figures importantes s’y feront connaître comme l’écrivain belge Jacques Sternberg.

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Une voix dissidente

Jacques Sternberg

Les contours de l’œuvre et le parcours de l’auteur ne sont pas faciles à définir. Quoi qu’il en soit, il est indéniable qu’il joue un rôle dans la mise en avant d’une certaine vision du genre en France. Pourfendant la science-fiction, qu’il jugeait trop commerciale et stéréotypée, véhiculée par les grandes collections populaires comme « Le Rayon fantastique » (Hachette Gallimard) et « Anticipation » (Fleuve Noir), il défend une approche plus élitiste, plus qualitative du genre représentée dans la revue Fiction et dans une autre collection emblématique apparue dans les années 1950 : « Présence du futur » (Denoël). Après un premier roman, Le Délit, publié chez Plon en 1954, c’est d’ailleurs chez Denoël qu’il publie, en 1956, La sortie est au fond de l’espace puis, en 1958, le recueil de nouvelles Entre deux mondes incertains. S’il fallait tenter de circonscrire l’œuvre de Sternberg, il conviendrait de l’inscrire, par son pessimisme et sa noirceur, dans la tradition dystopique.

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Fleuve Noir · 1951–1997

La collection « Anticipation »

Arrêtons-nous quelques instants sur cette science-fiction populaire critiquée par Jacques Sternberg. L’ampleur du travail fourni par quelques chevilles ouvrières belges dans la production massive de titres pour les grandes maisons d’édition françaises d’après-guerre, comme Les Presses de la Cité ou le Fleuve Noir, n’est pas toujours connu. Pour la science-fiction, on trouve chez ce dernier la collection « Anticipation ». Entre 1951 et 1997, elle accueille la plupart des grands auteurs francophones de science-fiction qui y font souvent leurs premiers pas, et constitue ainsi l’une des plus importantes collections du XXe siècle pour le genre. Cinq auteurs belges s’y font une place non négligeable : Jean-Gaston Vandel (pseudonyme commun de Jean Libert et Gaston Vandenpanhuyse), Peter Randa et Christopher Stork (qui cache Stéphane Jouravieff et José-André Lacour). Ceux-ci assurent une présence belge dans la collection pendant près de 40 ans et y publient environ 200 titres (soit 10% de l’ensemble de la collection) : une contribution considérable à cette science-fiction de divertissement loin d’être dénuée d’intérêt.

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Marabout · Bob Morane

L’empreinte de Marabout

Toujours du côté de cette production massive, impossible de passer sous silence la contribution de Marabout dans la production d’une science-fiction d’origine belge. Il faut attendre le milieu des années 1960, et l’impulsion de Jean-Baptiste Baronian alors éditeur pour la maison verviétoise, avant de voir apparaître une collection consacrée au genre : « Marabout science-fiction ». Celle-ci s’oriente principalement vers la traduction d’auteurs anglo-saxons. On y trouve tout de même quelques textes originaux et quelques rééditions remarquables, notamment de Rosny aîné. Cependant, c’est du côté de la collection Marabout Junior et plus précisément dans la série Bob Morane de Henri Vernes, que l’on trouve l’une des plus importantes contributions belges au genre. En effet, Bob Morane, bien que lancée à l’origine comme une série d’aventures, s’ouvre rapidement à d’autres horizons. Il ne faut pas attendre longtemps avant de voir apparaître les premières thématiques propres à la science-fiction. Dès 1955, la série n’a alors que deux ans, Henri Vernes s’y attelle dans Les Faiseurs de désert où l’auteur imagine un virus capable de détruire toute la végétation de la planète. Le recourt aux thématiques science-fictives se fait systématique à partir des années 1960, notamment avec la création du « Cycle du Temps », si bien que des 200 titres de la série, un bon tiers relève peu ou prou de la science-fiction et fait d’Henri Vernes l’auteur belge le plus prolifique du genre.

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Affaire de fans

Le règne du fanzine

Malgré quelques succès retentissants, la science-fiction reste majoritairement affaire de fans. Une grande partie de sa production ne touche qu’un petit noyau d’amateurs et les auteurs, occasionnels ou non, peinent souvent à trouver des débouchés à leurs récits. Dans ce contexte, le fanzine a joué un rôle fondamental, d’autant plus pour des auteurs belges bénéficiant de bien peu de relais éditoriaux. Les tentatives professionnelles ne manquent pourtant pas, mais ne durent jamais. En plus des éditions Marabout, la Belgique peut se targuer d’avoir connu, avec « Le roman scientifique » des éditions Polmoss en 1919, la première collection de SF (elle ne durera que le temps… d’un titre : Le Secret de jamais mourir d’Alex Pasquier) et, avec Anticipations des éditions de La Lucarne (15 numéros entre 1945 et 1946) la première revue entièrement consacrée au genre.

Au-delà de ces expériences ponctuelles, le milieu du fanzine, ces petites revues amateurs fabriquées avec les moyens du bord, est particulièrement vivace et actif entre les années 1960 et les années 1990. La Belgique s’illustre même par l’abondance des propositions qui y naissent : d’abord celles de Claude Dumont, français de naissance mais belge d’adoption, qui crée Lumen en 1963. Dans son sillage, se créeront d’innombrables titres comme Atlanta de Michaël Grayn ou encore Mizar de Michel Feron. Parmi les titres notables, il y aura Xuensè du prolifique Alain Le Bussy, Ides… et autres de Bernard Goorden, Between de Thierry Stekke (plus connu sous le pseudo de Dominique Warfa) ou encore Phenix de Marc Bailly. Autant de titres qui permettrons aux auteurs belges de SF (Le Bussy, Dartevelle) et surtout au nouvellistes (Dominique Warfa, Serge Delsemme) de publier et de faire leurs premiers pas dans le milieu de l’édition.

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Chapitre 03

Le tournant du nouveau millénaire

Dans les années 1980 et 1990, le milieu de l’édition de science-fiction ne se porte pas très bien. Les éditions Marabout passent alors complètement sous l’emprise des éditions Hachette et ses collections emblématiques disparaissent. La revue Fiction s’éteint elle aussi. Le paysage éditorial est en train de se reconfigurer et sa mutation ne se fait pas sans dégâts. Cela n’empêche pourtant pas quelques noms d’émerger, en particulier deux qui vont consacrer une très large part de leur œuvre au genre : Alain Dartevelle et Alain Le Bussy.

Le cérébral · proche de P. K. Dick

Alain Dartevelle

Alain Dartevelle n’est pas un auteur conformiste. Son œuvre relève essentiellement de la science-fiction mais se rattache à une tradition moins grand public, plus cérébrale et, à l’image de Jacques Sternberg avant lui, volontiers satirique. Dans ses nouvelles et ses romans, il explore régulièrement la question de la réalité et de sa perception. Il se rapproche en cela d’une autre grande figure de la SF mondiale : Philip K. Dick. C’est indéniablement le cas de deux romans majeurs de son œuvre : Script (1989) et Imago (1993). Les deux relèvent peu ou prou de la dystopie. Le premier imagine une ville tentaculaire, Newgorod, entièrement refermée sur elle-même. On y suit de multiples personnages dans un univers concentrationnaire et l’auteur s’amuse, à travers un récit gigogne, à manipuler le lecteur. Dans Imago, il imagine un monde figé dirigé d’une main de fer par Sigmund Freud lui-même. Cette œuvre multiplie les références psychanalytiques et livre ainsi un roman réflexif à la fois sur l’homme et sur l’imagination.

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Prix Rosny aîné · Deltas, 1992

Alain Le Bussy

Dans une tout autre veine, Alain Le Bussy s’inscrit dans la tradition de la science-fiction grand public. Sa carrière, courte mais extrêmement dynamique (il publie ses premiers textes à 45 ans et meurt à l’âge de 63 ans), fait de lui l’un des derniers témoins de ce que pouvait être un écrivain populaire du XXe siècle. Il va ainsi accompagner la fin des grandes collections de science-fiction du Fleuve Noir avant de se tourner vers des éditeurs plus confidentiels comme les éphémères éditions EONS. Il va tout de même trouver le temps de publier plusieurs dizaines de romans, d’innombrables nouvelles et s’essayer à de nombreux genres comme celui de la fantasy, alors émergeant. Plusieurs fois récompensé, il a notamment reçu le prix Rosny aîné pour son premier roman publié, Deltas édité chez Fleuve Noir Anticipation en 1992.

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Incursions d’un titre ou deux

Les auteurs de passage

La science-fiction belge ne peut être réduite aux quelques auteurs qui ont consacré une partie importante, sinon majoritaire, de leur œuvre au genre. En effet, la plupart des titres parus sont le fait d’auteurs qui ont fait irruption dans la SF à l’occasion d’un titre ou deux. C’est par exemple le cas de grandes figures des littératures de genre comme Georges Simenon qui, dans sa jeunesse, signe quelques titres d’aventures lorgnant vers la SF, et Jean Ray, chez qui l’on peut lire quelques Harry Dickson aux accents science-fictifs. Mais les auteurs de littérature générale ne sont pas en reste et proposent régulièrement des textes aboutis et intéressants. Citons, Jacques Crickillon (Supra-Coronada en 1980), Charles Bertin (Les Jardins du désert en 1981), Jacqueline Harpman (Moi qui n’ai pas connu les hommes en 1995), Amélie Nothomb (Péplum en 1996 et Acide Sulfurique en 2005), Jacques Mercier (L’année 13 en 1998), André-Marcel Adamek (La Grande nuit en 2003) ou encore Thomas Gunzig (Mort d’un parfait bilingue en 2001, Manuel de survie à l’usage des incapables en 2013 et, dans une moindre mesure, Le sang des bêtes en 2022).

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SF jeunesse · Bibliothèque verte

Philippe Ébly

À côté de Henri Vernes, un autre auteur belge a largement œuvré dans le domaine de la science-fiction destinée à la jeunesse : Jacques Gouzou. Connu sous le pseudonyme de Philippe Ébly, l’auteur entame sa carrière dans la littérature pour adulte sans grand résultats, avant de se tourner vers la littérature jeunesse et de signer, pour les éditions Hachette et leur célébrissime collection Bibliothèque verte, la série Les Conquérants de l’Impossible. Entamée en 1971 avec Destination Uruapan, la série compte une vingtaine de titres et repose principalement sur le principe du voyage temporel et de ses paradoxes. En 1984, il entame une autre série de science-fiction : Les Patrouilleurs de l’an 4003. Plus courte, elle ne compte que 5 titres et se tourne vers le space opera en mettant en scène des apprentis policiers de l’espace menant des enquêtes sur différentes planètes. Entre ces deux séries, il en publie une troisième, plus orientée vers la magie et s’apparentant donc largement au genre de la fantasy : Les Évadés du temps. Elle compte près d’une dizaine de titres. Décédé en 2014 à Liège, l’auteur a connu une fin de carrière plus discrète.

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Chapitre 04

Une littérature bien vivante

Les littératures de l’imaginaire, et la SF avec elles, connaissent depuis le début des années 2000 un bel essor qui se traduit notamment par une production diversifiée. Le travail exigeant et qualitatif de quelques petites maisons d’édition (Le Bélial’, Mnémos, ActuSF, Les Moutons Électriques…) participe évidemment à la valorisation de cette littérature, tout comme celui de quelques grandes maisons d’édition qui proposent des collections consacrées aux littératures de l’imaginaire : « Imaginaire » chez Albin Michel, « Ailleurs et Demain » relancé chez Robert Laffont, « Exofictions » chez Actes Sud pour n’en citer que trois. Si, malheureusement, l’édition belge ne participe plus vraiment à cette dynamique, il est tout de même réjouissant de constater l’émergence d’une nouvelle génération dynamique d’auteurs belges de l’imaginaire.

Mélange des genres

Ces jeunes écrivains brouillent volontiers les frontières entre les genres, notamment sous l’influence de la fantasy qui s’impose comme le genre le plus populaire de ces dernières années. C’est le cas de Katia Lanero Zamora qui, dans sa trilogie des Chroniques des hémisphères, crée une dystopie teintée de post-apocalyptique dans laquelle elle imagine une planète Terre cruellement en manque d’eau où l’hémisphère Nord, riche et technophile, opère une sécession complète avec le Sud. L’autrice développe un univers empreint de magie et inspiré de l’imaginaire scout où de jeunes élus acquièrent des liens télépathiques avec leur animal-totem.

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C’est également le cas de Christelle Dabos. Avec sa série La Passe-miroir, elle s’est imposée comme l’une des figures les plus passionnantes et les plus populaires des littératures de l’imaginaire francophone. Si l’univers de sa saga s’inscrit largement dans l’imaginaire de la fantasy, son postulat de départ la rattache également au genre post-apocalyptique. L’intrigue se déroule sur une Terre littéralement déchirée par un étrange cataclysme qui n’a laissé derrière lui que quelques rares territoires flottants au-dessus d’une mer de nuages.

Mélange des publics

Le succès de la saga Harry Potter de J.K. Rowling a redéfini les frontières entre le public jeunesse et le public adulte, rendant celles-ci bien plus poreuses et plus floues qu’avant. Nos autrices et auteurs évoluent volontiers entre collections jeunesses et collections adultes tout en s’attirant un lectorat nouveau, constitué aussi bien d’enfants que d’adolescents et d’adultes, et que certains rassemblent depuis quelques années sous l’étiquette young adult. C’est le cas de Christelle Dabos, dont la série est publiée en poche à la fois en Folio et en Folio Junior. C’est également le cas de Cindy Van Wilder. L’autrice est principalement connue pour ses deux séries, oscillant entre fantastique et fantasy, Les Outrepasseurs et Terre de Brume. Entre les deux, elle a signé, en 2016 chez Gulf Stream Éditions, un thriller d’anticipation qui explore le mythe du savant fou tout en faisant la part belle à la dimension psychologique des grands adolescents traumatisés qu’elle met au cœur de son récit : Memorex.

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Une littérature qui se féminise

La science-fiction est historiquement un genre très largement dominé par les hommes. Bien qu’elles n’y soient pas inexistantes, les autrices s’y faisaient rares. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui, comme en témoigne cette dernière partie de l’exposition. En plus de Christelle Dabos et Katia Lanero Zamora évoquées plus haut, pensons à Sara Doke. En plus de ses nombreuses nouvelles, elle a publié en 2020 : La Complainte de Foranza aux éditions Leha. Le récit mêle fantasy et polar tout en se teintant de rétrofuturisme. En 2015, l’autrice a également signé Techno Faerie : un recueil de nouvelles relevant, pour reprendre la belle formule de l’autrice, de l’anticipation uchronique.

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Enfin, Anne-Sophie Devriese a publié en 2021, son premier roman : Biotanistes. En mettant en scène un futur où la Terre est désertifiée par le changement climatique, le roman s’inscrit dans le sous-genre des écofictions qui anticipent les catastrophes environnementales tout en développant une réflexion sur notre rapport au vivant et à la nature. Ainsi Biotanistes, proche des thèses et des combats de l’écoféminisme, rapproche désastre écologique et patriarcat en imaginant un monde où une mystérieuse épidémie a décimé l’immense majorité des hommes tout en épargnant les femmes.

La relève est assurée.

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